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Clés

Tige de bronze poli

Anneau aux courbes gracieuses

Tu ouvres les portes

Du cabinet des secrets,

De l’armoire campagnarde,

De la lourde malle

Au grenier endormie.

Tu nous ouvres la porte des songes,

De l’évasion champêtre,

De la partition musicale.

Clé des songes,

Clé des champs,

Clé de sol,

La serrure t’appelle

Pour nous ouvrir

La porte de la liberté.

Fable

Je vais vous conter

L’histoire de deux mères

Soit-disant pourvoyeuses

D’exemples aux yeux

De leurs enfants.

L’une, cigarette au bec,

Avisant sa voisine,

Lui tint à peu près

Ce langage :

-Je suis en grand embarras

À cause de ma fille,

Ayant vu celle-ci cigarette

Aux lèvres

Pourtant, combien de fois

Lui ai-je dit que fumer

Nuit à la santé.

-Moi, dit la voisine,

C’est mon fils qui me soucie,

Exhibant un langage grossier

Dès le réveil.

Et celle-ci d’égrener

Un chapelet de mots insultants

Que la bienséance

M’oblige à taire.

En toute circonstance,

L’exemple est préférable

Au simple conseil.

Inondation

Depuis des jours,

Le ciel ruisselle,

Les nuages pleurent.

La nature n’est que chagrin.

Les eaux du ruisseau indolent

Bouillonnent.

Le flot intrépide

A coupé la route champêtre.

Dans les prés

Le ciel se reflète

Dans les vastes flaques.

Depuis des jours,

La nature n’est que chagrin…

C’était avant…

On s’embrassait,

On se serrait la main,

On marchait

L’un près de l’autre

Main dans la main.

C’était avant…

On se réunissait

Autour d’une table,

Sans aucune crainte.

On prodiguait maints câlins

Aux petits-enfants.

C’était avant…

On était heureux

On ne le savait pas.

C’était avant…

Mais l’Espérance est là.

Le bonheur reviendra nous dire

Qu’Avant est revenu!

Fable moderne

En ces temps fort perturbés

Où le Virus s’invita

On vit des êtres vivre

Comme au temps d’avant

Ne portant pas masque

Se réunissant pour des fêtes nocturnes

Se donnant accolades et embrassades.

Fin de la distanciation !

Hélas ! Nombreux furent victimes

De leur imprudence.

Pis encore, ils en firent présent

À leur entourage.

Sachons raison garder

Dans certaines circonstances.

L’inconscience peut nous tuer

Ainsi que ceux qu’on aime.

Poésie mouillée

Flaque d’eau

Où les enfants aiment sauter

À pieds joints en éclaboussant

Bien loin…

Rires,rires…

Source jaillissante

Dans la montagne

Se faufilant

Entre les colchiques

Et les herbes folles.

Rivière large et majestueuse

Bordant la grande ville.

Péniches et bateaux de promenade

Se disputent le passage.

Océan infini où se perd le regard.

Miroir immobile et scintillant

Au soleil d’été

Aux vagues sauvages

Se ruant sur le rivage.

Neige

Au pied de la montagne,

Petit chalet frileux se blottit

Seul dans l’immensité…

Pas un bruit

Silence d’éternité…

Sur le rameau dénudé,

Chante l’oiseau esseulé.

Se fait entendre le gazouillis

De la source sous la neige.

De fines traces constellent

Le sol immaculé.

Beauté éternelle…

Journée d’hiver

Sur la branche nue,

Le passereau lance son faible cri.

Dans la campagne, s’étend la blancheur ;

De menues traces dans le moelleux tapis.

Alentour, règne le silence ;

Dans le sentier gelé,

La vieille femme avance,

Son fagot noir sur son dos voûté.

Elle chemine lentement

Accablée du poids des ans,

Vers son destin, vers sa fin…

Elle sait que le dernier rendez-vous

Approche, elle le sait.

Mais elle l’attend, sereine.

La vie, elle l’a vécue ;

Ses joies, ses peines,

Elle a tout eu.

Dans le sentier gelé,

La vieille femme avance.