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Épitaphe pour la langue française

Que devient notre belle langue

Au milieu des anglicismes ?

Nous n’allons plus courir

Nous faisons notre footing.

N’allez plus garder bébé

Faites du babysitting.

Ciel! Que de rides dans le miroir !

Vite, un lifting !

Cet été, Aristide et Chloé

Vont faire du yachting.

Leur fils Édouard fera du skating

Et peut-être ira-t-il au bowling !

Monsieur met son smoking

Pour aller au meeting ;

Il faut garder son standing !

Madame consulte son planning :

Ne pas oublier son cours de stretching

Ni de faire son brushing !

Le lac

Il est un endroit charmant

Au bord d’un lac dormant

Où l’iris d’eau et la marjolaine

Mêlent leurs senteurs à la verveine.

Sur les rives vertes et herbues,

Les gros frênes chevelus

Mirent leurs silhouettes massives

Dans l’onde fugitive.

Le héron gris y surveille l’ablette

Immobile et droit sur ses pattes grêles ;

À ses pieds, fleurit la pâquerette.

La grenouille sommeille sur le nénuphar ;

La libellule aux ailes frêles

Prend son envol et part…

Nuit d’été

Le jour tombe lentement

Petit à petit les oiseaux se taisent

Le grillon commence sa symphonie

Dans l’herbe roussie de l’été.

Plus un souffle de vent

La chauve-souris de son vol

Échevelé frôle les toits.

Le hérisson avance à pas feutrés.

Sur la branche du vieux chêne

La chouette blanche hulule.

A-t-elle vu le frêle mulot?

Des millions d’étoiles

Brillent au firmament.

Paix d’une nuit d’été…

Campagne

Dans la salle basse, règne le silence.

La comtoise égrène ses heures,

Celles du bonheur.

Des papillons de lumière dansent.

Près de l’âtre, le chat sommeille.

Son pelage frémit de son rêve ;

Son repos lentement s’achève,

Il ouvre un œil et dresse une oreille.

Dehors, le soleil lance ses rayons

Sur la terre chaude.

L’abeille butine la reine -claude,

Sous la pierre, chante le grillon.

Océan

Océan immense, vagues

À perte de vue…

Reflets verts ou gris,

Écume blanche.

Soleil couchant

Qui se noie dans les flots.

Océan calme, eau trompeuse,

Océan fougueux

Se ruant sur la falaise.

Retour de la liberté

Ouf! C’est arrivé !

La liberté est de retour !

Plus d’autorisation

Pour faire sa marche quotidienne.

Kilométrage illimité

Pour partir à l’aventure.

Famille retrouvée,

Grands-parents et petits-enfants

Heureux des retrouvailles.

La liberté est de retour !

Cette liberté que l’on

Prenait pour un acquis.

Fragile liberté !

Soyons encore prudents,

L’ennemi est encore là,

Il nous guette

Derrière la poignée de main,

Derrière l’embrassade.

Ne narguons pas l’intrus.

La liberté est de retour !

La fable du bonheur

Celui-ci me dit:

Le bonheur, mais oui,

Je l’ai rencontré ;

Il est enfoui sous mon or

Bien au chaud dans mon coffre.

Malheur à qui y touchera!

Celui-là répondit:

Ah! Non! Vous n’y êtes pas !

Le bonheur, on le trouve

Loin de chez soi

Dans de lointaines contrées,

Des lieux inexplorés

Envahis d’une ensorcelante végétation.

Dans ma simplicité, je leur dis:

Mon bonheur à moi, il est tout petit,

Il me suit à chaque pas,

Dans la légèreté de l’oiseau ,

La beauté diaphane du lys,

Le sommeil serein de la chatte,

Les yeux de l’enfant émerveillé ;

Je l’ai vu dans la douceur

D’une nuit d’été,

Dans l’arc-en-ciel du couchant,

Dans les vignes à perte de vue.

Je l’ai vu, ce bonheur, aussi

Dans les yeux de l’être aimé…

Fable moderne

L’Homme est un animal

Qui s’est toujours adapté

Aux changements de l’Histoire.

À l’annonce du confinement,

Horreur, comment supporter ?

Pourtant, au fil des jours,

On vit l’Homme se poser,

Ralentir, réfléchir…

Tel prit un livre et ne le lâcha plus,

Tel autre découvrit ses enfants,

Les écouta, leur parla…

Celui-ci aida son voisin en détresse,

Celui-là appela son aïeule isolée.

L’Homme redécouvrit la lenteur,

L’empathie, le retour sur soi.

L’Homme est un être d’adaptation.