La fable du bonheur

Celui-ci me dit:
Le bonheur, mais oui,
Je l’ai rencontré;
Il est enfoui sous mon or
Bien au chaud dans mon coffre.
Malheur à qui y touchera!
Celui-là répondit:
Ah!Non! Vous n’y êtes pas!
Le bonheur, on le trouve
Loin de chez soi
Dans de lointaines contrées,
Des lieux inexplorés
Envahis d’une ensorcelante végétation .
Dans ma simplicité , je leur dis:
Mon bonheur à moi, il est tout petit,
Il me suit à chaque pas,
Dans la légèteté de l’oiseau,
La beauté diaphane du lys,
Le sommeil serein de la chatte,
Les yeux de l’enfant émerveillé;
Je l’ai vu dans la douceur
D’une nuit d’été ,
Dans l’arc-en-ciel du couchant,
Dans les vignes à perte de vue.
Je l’ai vu, ce bonheur, aussi,
Dans les yeux de l’être aimé.

Neige

Le ciel est couleur de plomb,
Une bise aigre se faufile sous la porte.
La nature est au garde-à-vous,
La neige s’annonce.

J’attends derrière ma fenêtre;
Un flocon timide hésite à descendre
Suivi d’autres plus téméraires .
Devenus plus nombreux, ils tournent et virevoltent.

Un épais tapis blanc recouvre le jardin.
Les arbres tendent leurs bras décharnés
Vers les joyeux lutins blancs
Et leur offrent le refuge de leurs branches.

Le moineau sautille sur ses pattes gelées
A la recherche d’une rare pitance.
Un vol d’oiseaux noirs s’abat sur la neige
En salissant sa blancheur.IMG_0282

Mes poésies préférées

Le paresseux (de Saint- Amant, XVIIème siècle)

Accablé de paresse et de mélancolie,

Je rêve dans un lit où je suis fagoté,

Comme un lièvre sans os qui dort dans un pâté,

Ou comme un Don Quichotte en sa morne folie.
Là, sans me soucier des guerres d’Italie,

Du comte Palatin,  ni de sa royauté ,

Je consacre un bel hymne à cette oisiveté

Où mon âme en langueur est comme ensevelie.
Je trouve ce plaisir si doux et si charmant,

Que je crois que les biens me viendront en dormant,

Puisque je vois déjà s’en enfler ma bedaine,
Et hais tant le travail que, les yeux entr’ ouverts,

Une main hors des draps, cher Baudoin, à peine

Ai-je pu me résoudre à t’écrire ces vers.